PhiloVIVE ! La philosophie orale et vivante

 

QUI AIME BIEN CHATIE BIEN !?

Ouvrons le Petit Robert. Cela ne peut pas faire de mal. « Amour : disposition à vouloir le bien ».
Manifestons nos bonnes intentions, cajolons : les caresses, c'est bien. Pas les coups.
Frapper par amour ?! Rien n'est plus paradoxal. C'est ne rien comprendre au bien. Un coup fait mal, c'est conçu pour. Le mal n'est pas le bien ! Et pourtant des légions de cogneurs répètent en toutes langues cet adage ancestral qu'on retrouve partout dans le monde : « qui aime bien châtie bien » ! Comment a-t-on pu associer amour et châtiment ? Pourquoi concevoir que l'amour saisisse un fouet, dise "je fais ma loi"... « et si je t'aime prends garde à toi » !?

Raison et passion

Passion vient du latin passio, “souffrir” : ça rigole pas ! Les nerfs à vif, le passionné souffre qu’une action extérieure s’impose à lui. Il doit tolérer l’intolérable : être pris par les nerfs, manipulé, poussé à agir malgré sa volonté. Il est hors de lui, sous contrôle. On le plaint. Au point de lui pardonner quelques folies : le pauvre est dépossédé de lui-même ! On accorde ainsi les circonstances atténuantes aux crimes passionnels, parce qu’un passionné fait le pire ou le meilleur sans vraiment y être pour grand chose : c’est plus fort que lui. La raison se tait et contemple, voire se lamente misérablement. Le plus souvent elle s’en est allée comme une lâche avant que le sang bouille. On la comprend aussi. La tête peut-elle rester froide quand le cœur brûle, pis encore, quand l’esprit s’embrase, et, pire encore, quand le corps flambe ?

DIEU A-T-IL CRÉÉ L’HOMME, OU L'HOMME A-T-IL CRÉÉ DIEU ?

Il paraît qu’étymologiquement, “je” aurait quelque chose à voir avec “Jéhovah”. D’où la confusion : qui crée ? L’homme, c’est-à-dire une créature de Dieu, ou Dieu, c’est-à-dire une créature de l’homme ?

Le sacré et le profane

Résumé :

Est sacré ce qui est dans le temple. L’étymologie rappelle que le « temple » est ce qui est séparé : séparé… du monde profane (pro = devant, fanum = temple) vulgaire.

De vulgaires outils se trouvent détournés de leur ustensilité dès qu’ils entrent dans le temple : ils ont été consacrés. Pour entrer dans le temple, il faut sacrifier quelque chose de vulgaire, de profane, s’abandonner à quelque chose qui nous dépasse. Dieu, ou l’humanité. Si j’osais saisir les objets sacrés pour jouer avec en pleine cérémonie, je montrerais du mépris, non pas pour ces objets eux-mêmes, mais pour les fidèles qui se rassemblent autour d’eux. Ce qui est vraiment sacré dans un temple, ce ne sont pas ces objets, c’est le fait que nous nous rassemblons autour d’eux. C’est nous, notre union fraternelle (quelle que soit la religion), qui sommes sacrés. Je dois les considérer comme sacrés parce que la religion les a consacrés. C’est dire que rien, aucun objet, n’est sacré en tant qu’objet. Ce qui nous permet d’être ensemble, (disons le mot : de communier) est très fragile, il faut lui accorder une –vénérable- foi : il faut y croire (sacer = croyance, serment). On ne doit pas dédaigner le sacré, c’est maaaaal, c’est tabou. On ne peut l’évoquer que de façon ritualisée, on doit se soumettre à cette logique même sans la comprendre, avec d’autant plus de ferveur qu’elle nous dépasse.

Le respect des autres et de soi-même, la tolérance mutuelle, méritent tous nos effort, nous n’aspirons pas au repos mais plutôt au sacrifice (d’une grande partie de notre temps, donc de notre existence). L’initiation, c’est la sacralisation de l’individu qui vient communier avec le groupe. On comprend que sa conscience soit troublée, dépassée, ravie (elle est ravie dans deux sens : kidnappée hors du monde vulgaire, la voilà comblée parce qu’elle s’échappe à elle-même).