Résumé :
Est sacré ce qui est dans le temple. L’étymologie rappelle que le « temple » est ce qui est séparé : séparé… du monde profane (pro = devant, fanum = temple) vulgaire.
De vulgaires outils se trouvent détournés de leur ustensilité dès qu’ils entrent dans le temple : ils ont été consacrés. Pour entrer dans le temple, il faut sacrifier quelque chose de vulgaire, de profane, s’abandonner à quelque chose qui nous dépasse. Dieu, ou l’humanité. Si j’osais saisir les objets sacrés pour jouer avec en pleine cérémonie, je montrerais du mépris, non pas pour ces objets eux-mêmes, mais pour les fidèles qui se rassemblent autour d’eux. Ce qui est vraiment sacré dans un temple, ce ne sont pas ces objets, c’est le fait que nous nous rassemblons autour d’eux. C’est nous, notre union fraternelle (quelle que soit la religion), qui sommes sacrés. Je dois les considérer comme sacrés parce que la religion les a consacrés. C’est dire que rien, aucun objet, n’est sacré en tant qu’objet. Ce qui nous permet d’être ensemble, (disons le mot : de communier) est très fragile, il faut lui accorder une –vénérable- foi : il faut y croire (sacer = croyance, serment). On ne doit pas dédaigner le sacré, c’est maaaaal, c’est tabou. On ne peut l’évoquer que de façon ritualisée, on doit se soumettre à cette logique même sans la comprendre, avec d’autant plus de ferveur qu’elle nous dépasse.
Le respect des autres et de soi-même, la tolérance mutuelle, méritent tous nos effort, nous n’aspirons pas au repos mais plutôt au sacrifice (d’une grande partie de notre temps, donc de notre existence).
L’initiation, c’est la sacralisation de l’individu qui vient communier avec le groupe. On comprend que sa conscience soit troublée, dépassée, ravie (elle est ravie dans deux sens : kidnappée hors du monde vulgaire, la voilà comblée parce qu’elle s’échappe à elle-même).